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Safeguarding the Syrian Archaeological and Cultural Heritage — Free Comments & Proposals

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  1. Le Proche-Orient et l’avenir de l’archéologie

    Si l’on s’interroge sur les trois dernières décennies de l’activité archéologique au Proche-Orient, que faut-il retenir ? Elles se graveront profondément dans la mémoire des archéologues qui auront vu cette région quitter la place centrale qu’elle occupait depuis presque deux siècles pour se changer en satellite.

    Pourquoi ce désastre et les craintes qu’il suscite nous dominent-ils ? Parce que les siècles de la souveraineté de l’archéologie proche-orientale étaient aussi ceux des valeurs humaines de notre discipline, qui sont ainsi touchées par une disparition dramatique. Nos archéologues, qui ont fait s’unir la terre et le temps par la magie d’un perfectionnement équivalant quasi miraculeux, assistent à un véritable drame archéologique après ces deux siècles de gloire et d’exploits dominés par la révélation des secrets de nos ancêtres et la vision profonde d’une société ancienne où l’homme se place parfaitement pour révéler l’espace noble de son humanisme.

    En clair, nous sommes confrontés à un débat émouvant basé sur le sens de notre existence où l’amour de la vérité du temps humain se manifeste solennellement contre la variabilité et l’éphémère de l’espace géographique.

    On peut vivre avec l’archéologie proche-orientale ou on peut vivre sans cette archéologie. Pour un archéologue, c’est un choix de principe car l’espace géographique est un lieu où la mémoire se révèle pour confirmer son engagement vis-à-vis de ses idéaux et sa volonté de créer l’espace archéologique noble d’un temps plusieurs fois millénaire.

    Ainsi, celui qui a le courage de prendre la bonne décision est celui qui est capable d’agir par rapport à des notions qui gardent dans son action la dignité qui protège et perpétue les fondements universels de l’héritage archéologique. Et c’est en cela que l’archéologie proche-orientale peut aider par la force qu’elle propose à surmonter tous les obstacles. Cela pour bâtir une construction extrêmement solide où la souveraineté de chaque action doit allier l’autorité et le savoir, en plongeant ses propres racines dans la longue tradition au sein de laquelle l’humain était la réalité même de l’ « archéologie du courage ».

    Le courage de l’archéologue lié à l’action signifie que celui qui renonce à agir n’est pas capable d’accomplir un acte de cette qualité. En d’autres mots, ce sont les archéologues qui s’expriment publiquement, librement et avec fermeté sur la force morale d’une démarche authentique par laquelle ils manifestent les différents épisodes de la vie de l’homme de l’antiquité qui a vécu dans l’espace proche-oriental dès les premières lueurs de la sédentarisation.

    Ce courage de l’archéologue a donc comme première caractéristique son pouvoir de concevoir à un niveau très élevé l’archéologie proche-orientale comme la voie idéale pour réaliser ces performances et pour porter son message libérateur qui nous délivrera du chaos : lumière vivante d’une « archéologie de confiance », qui fonde tous nos efforts pour combattre en permanence l’ « archéologie du scepticisme » née dans un univers très étrange.

    De même, l’ « archéologie du courage » n’est pas le contraire de l’ « archéologie de la peur », mais une démarche capable de la surmonter. C’est à nous qu’il appartient, en effet, de ne pas avoir peur des décisions courageuses qui nous donnent la capacité d’inventer des solutions originales pour résoudre l’actuel problème de confiance qui touche notre discipline.

    L’archéologue courageux est alors celui qui va agir avec confiance pour susciter de nouvelles formes d’admiration en œuvrant dans l’esprit de l’ « archéologie de confiance », qui est sa seule force pour affirmer que rien ne saurait exister sans le respect d’un principe d’évaluation solide qui déterminera notre conduite par rapport à notre engagement lié à la dignité de l’aspect humain de nos ancêtres .

    Pour l’archéologue que je suis, avoir ce courage c’est vivre ma discipline, et vivre ma discipline c’est avoir le courage d’affronter la réalité actuelle avec la confiance que mon destin est lié inconditionnellement à la volonté de mes prédécesseurs , et au choix fabuleux de lutter pour conserver la prédominance de la tradition proche-orientale : elle seule permet de constituer une véritable éducation archéologique fondée sur les valeurs de l’ « archéologie de la noblesse » face à la monté de l’ « archéologie de la corruption ».
    Ainsi une bonne partie de la communauté archéologie est très préoccupée par la disparition de notre tradition des parcours et des programmes de recherche des institutions scientifiques à cause d’une révision radicale qui cherche à réinventer l’archéologie dans le but de former une nouvelle génération d’archéologues qui s’intègre rapidement sur le marché du travail : vision ô combien erronée de notre discipline où l’archéologie proche-orientale se trouve éliminée de ces disciplines de base, le seul rôle qui lui est assignée étant d’exprimer dans un langage obscur le caractère transversal d’une recherche qui devrait être universelle.

    Je n’ai pas eu la chance de connaître la génération des grands archéologues de la première moitié du vingtième siècle, en revanche, j’eu le bonheur de côtoyer une génération qui m’a émerveillée par son engagement et son respect de la tradition de notre discipline . Pour eux, il s’agit de respecter la tradition en posant comme principe de protéger la conscience archéologique dans son contexte noble en permettant de consolider ses valeurs hélas pétrifiées ces derniers temps dans le marbre du temps.

    La naissance et le développement de notre archéologie proche-orientale était portée par un espoir de se libérer des fatalités erronées des idées moyenâgeuses, mais de nos jours le développement désordonné est vécu comme une sorte de destinée mortelle tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté archéologique . Le caractère spécifique de l’actuelle action est le rejet des normes fondatrices de notre vocation scientifique en un divorce tragique avec la tradition morale de nos prédécesseurs au nom d’un programme inspiré par le désir détestable de satisfaire des visées non scientifiques, voire même politico-religieuses, comme nous le constatons actuellement avec l’accroissement de l’activité archéologique dans des régions dominées par les dynasties fictives des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite .

    L’archéologue doit vivre selon ses principes et seul celui qui se met purement et simplement au service de cette archéologie aura les moyens de résister à cette énorme mésaventure des fabricants et trafiquants de la nouvelle archéologie .

    Quelle position peut-on adopter à cet égard ? Le problème qui se pose n’est plus seulement celui de notre attitude vis-à-vis de la vocation archéologique, mais celui du rôle de l’archéologie proche-orientale dans l’ensemble de l’archéologie universelle à l’avenir.

    Il est vrai que l’archéologie se fait avec une vocation. Mais il est tout aussi vrai qu’on ne la fait pas uniquement avec la vocation. L’archéologie, science du passé, devrait contribuer à la diffusion du respect de l’humain dans la continuité d’une tradition que l’archéologue doit respecter. Depuis les travaux légendaires aux pays de Sumer et d’Assur jusqu’à l’arrêt des activités sur le terrain, l’archéologie proche-orientale a été un des principes directeurs qui guidait les parcours et les programmes de recherche. Aujourd’hui, avec son élimination, comment peut-on imaginer notre destin et surtout les moyens et les éléments nécessaires qu’on devrait fournir aux étudiants pour les conduire à un raisonnement correct ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’archéologie dite « « périphérique » n’apporte que des promesses vides porteuses de faux espoirs. Ainsi notre engagement consiste-t-il à nous soumettre à l’ordre de notre discipline et à contribuer à ce que tout archéologue joue un rôle meilleur dans son travail et ses réalisations.

    Le paradoxe actuel le plus aigu est que l’on balaie les notions vertueuses de notre noble discipline et la dignité de l’archéologie, avec l’idée que celle-ci n’est pas une tradition mais un métier d’ordre matériel . Or rendre à notre métier sa dignité c’est connaître réellement ses valeurs humaines dans le parfait respect de la tradition. L’archéologue doit ainsi mettre en œuvre lui-même sa survie, à commencer par la survie de son action loin des naufrages qui préfigurent aujourd’hui un hiver polaire, glacial et même mortel.

    En effet, ces naufrages ne sont que les précurseurs d’une résurrection. Il nous est demandé seulement de revenir à notre tradition. C’est la condition obligée pour ressusciter la voix de nos prédécesseurs, ce qui ne sera pas simplement une résurrection, mais un véritable retour à l’ « archéologie triomphante ».

    Gardons l’espoir pour notre archéologie proche-orientale. Elle est solide, elle nous invite toujours à parcourir son espace et son temps dans le respect absolu de toutes ses notions nobles. Elle nous informe par la voix de ses protagonistes que sa disparition momentanée n’est pas le signal d’un terrible naufrage, car le grain qui meurt renaît à la vie au moment de la floraison d’un printemps qui nous attend .

    1. Al-Maqdissi Michel et Ishaq Eva (éd.) : Archéologique syrienne et les premières lueurs de l’aube « de l’exaltation à la tragédie », Paris, 2013 (= Plaquette de l’exposition de l’Institut d’études avancées de Paris-l’Hôtel de Lauzun, 27 novembre 2013-31 janvier 2014).

    _____________________

    Michel Al-Maqdissi
    Musée du Louvre, Paris
    DGAM – Damas
    USJ – Beyrouth


  2. Chers Amis,

    Merci pour Shirin.

    Tout ce que l’on écoute en provenance du Moyen-Orient est effrayant, le moins que l’on puisse dire. Raser ces ruines anciennes nous fait autant de mal que des dents arrachées sans anesthésie.
    C’est tellement horrible que je ne me suis pas senti le courage suffisant pour voir les galeries-photos publiées dans les journaux. Pour moi, pour nous, c’est aussi répulsif que de regarder la mort d’un otage égorgé dans un désert aux mains de ces ennemis du monde.

    On est tellement loin de ce que nous avions rêvé pour la région, tellement loin. Je regarde les ruines d’Alep et je songe à nos amis de là-bas, à l’ hôtel R…, ou l’on passait certains week-ends. Je crains le pire pour d’autres ruines: tellement de travail minutieux, tellement d’amour mis dans l’argile qui nous a donné la civilisation… ou du moins une bonne partie de ce que nous sommes, depuis les mathématiques, l’art, l’observation des astres, l’ écriture et les codes de lois.

    J’ai créé un vide mental autour du sujet. Je ne comprends plus rien de ce qui se passe. Je ne sais plus ce que veulent les uns et ce que les autres prétendent reconquérir. Je ne pense qu’à Mossoul, aux dynamitages, aux bulldozers, aux bombes à baril, aux déplacés, aux gens qui fuient en courant vers les montagnes. Je ne pense qu’ aux anciennes cartes qui plaçaient le paradis terrestre justement dans ce coin de notre belle petite terre.

    Merci pour maintenir le flambeau, merci pour partager et donc ‘’Courage!” avec votre beau projet. J’ignore ce qu il faut faire pour arrêter les dommages. Ce n’est pas de milliards de dollars, c’est de la lumière qu’il nous faut, beaucoup de lumière.

    Je vous souhaite, nous vous souhaitons, beaucoup de courage pour tenir le cap sur cet abîme sans fond qui s’ est ouvert récemment. Votre lumière éveillera ne serait ce qu’un tout petit peu la conscience de certains qui n’ont pas encore compris la dimension du crime, du drame culturel le plus atroce dont j’ai gardé mémoire dans l’histoire récente.

    Et maintenant, il veulent s’ en prendre au sphinx de Gizeh… Non mais attendez, le pire, c’ est qu’ils en ont les moyens et les mains pour “se le faire”… Que va-t-il arriver aux musées, je pense à celui du Caire? Tellement dépourvu de défenses… Que deviendront les documents, les inscriptions, les bâtiments qui prouvent notre naissance? Mais qu’est ce qui arrive? Comment on arrête ça? Quel cauchemar. Jamais, jamais, jamais, je n’aurais imaginé une catastrophe de cette envergure. Oui, on a les photos et les livres, l’âme en archive, mais ce n’est pas suffisant. Nous avons besoin du corps.

    Le sphinx, c’est nous, là, regardant depuis le haut de son corps de félin, regardant le monde et son histoire, regardant au-delà de l’horizon de notre misérable présent.

    Mon cœur saignant dans la main, je regarde hébété comme il palpite encore et je me sens un peu mourir avec le bruit des chenilles qui passent sur les anciennes rues de Ninive.

    Merci pour votre travail, merci pour avoir honte. Je regrette la confession et cette note dramatique: c’est ainsi que je me sens, dans le noir, impuissant et malheureux.

    Ricardo S.,

    New-York


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